Une Investigation bien peu objective

Vous avez peut-être regardé ce reportage sur l’extraction des « métaux rares », diffusé récemment sur la RTBF (et après sur Arte). Sujet intéressant et grave. Mais quelle déception ! L’auteur, G.Pitron, un journaliste français free-lance, y accumule les erreurs et les fake news, dans un réquisitoire à sens unique contre les énergies renouvelables, ne donnant jamais à entendre d’autres points de vue que le sien. Les réactions d’indignation ont été nombreuses tant chez nous qu’en France.

G. Pitron accuse les éoliennes de contenir d’énorme quantité de ces « métaux rares » et d’ainsi provoquer des dégâts humains et environnementaux considérables dans les pays où ils sont extraits. Or peu d’éoliennes terrestres actuelles contiennent des « métaux rares », car elles n’utilisent pas d’aimants permanents. L’ADEME (établissement public dépendant du Ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche), non susceptible d’analyses fantaisistes, estimait dans un rapport de 2018 qu’à peine 3% des éoliennes utilisent des « métaux rares » (lire le rapport  ici.). Les principaux constructeurs actuels n’utilisent pas d’aimants permanents pour leurs éoliennes terrestres. Certes ce n’est pas encore le cas pour les éoliennes en mer, mais les investissements dans la recherche sont importants et conduiront à l’abandon total des métaux rares dans les éoliennes à l’avenir. Il est étrange que le reportage n’évoque jamais ces perspectives positives !

Par ailleurs, les énergies renouvelables ne sont pas responsables des graves violations des droits humains qui ont lieu dans ces pays producteurs de « métaux rares ». Ce sont clairement les modes d’exploitation et le modèle économique auquel ceux-ci obéissent qui sont à mettre en cause. Les pays qui permettent ces violations et les grandes entreprises minières portent la responsabilité de ces situations inacceptables.

G. Pitron cible sans réserve la technologie éolienne et la voiture électrique. Pourquoi n’évoque-t-il à aucun moment l’utilisation des « métaux rares » dans les ordinateurs, les smartphones et autres objets électroniques du quotidien largement répandus sur la planète entière ? Peut-être parce qu’il sait que l’adhésion du public à sa thèse serait plus difficile à obtenir : rares sont ceux qui sont prêts à renoncer à leur téléphone portable. Son parti- pris anti-énergies renouvelables est flagrant.

Plus grave : à aucun moment, il ne propose d’alternatives aux énergies renouvelables qu’il condamne. Une plus grande sobriété énergétique et une décroissance économique sont bien évoquées. Mais chacun sait que cela ne suffira pas et que le dérèglement climatique n’attend pas. On peut donc deviner entre les lignes la thèse cachée de l’auteur : seul le nucléaire serait la solution. Nous espérons que G. Pitron nous proposera bientôt un reportage sur l’exploitation de l’uranium et sur les conséquences de l’entreposage à long terme des déchets radioactifs.

Le thème du reportage est légitime et important. Mais la manière dont le réalisateur l’a traité pour tenter de justifier ses propres thèses est malhonnête. Dommage que la RTBF et Arte n’aient pas réalisé un fact checking de ce document avant de le diffuser. A défaut, un débat contradictoire aurait été bienvenu après la diffusion.

En ce qui concerne la voiture électrique, les accusations G. Pitron sont du même acabit. Nous vous renvoyons à la petite vidéo de mise au point suivante : https://www.facebook.com/contresenslefilm/videos/1653671738143529

Le sensationnalisme, ça fait vendre, ça fait de l’audimat, mais ça ne fait pas avancer notre société. Plus les thématiques sont complexes, plus il est facile de créer des fake news… Soyons vigilants et critiques ! Lire aussi : http://renouvelle.be/fr/debats/lenergie-durable-se-developpera-sans-terres-rares

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